Naiza Khan

Naiza Khan

L’artiste visuelle Naiza Khan (1968, Bahâwalpur) est une fine observatrice des grands paradoxes de la société pakistanaise. Puisant dans ses propres expériences et osant traiter de sujets litigieux, elle s’intéresse tout particulièrement à la relation entre identité et lieu, et à l’imbrication du personnel et du politique.

            Dans son œuvre forte et homogène, elle se penche ainsi sur la question du genre, en particulier le corps féminin dans l’espace public, dans un contexte conservateur dominé par les hommes. Dans Henna Hands (2003), des figures féminines grandeur nature ont été imprimées sur les murs de lieux publics, par exemple dans le quartier Railway Colony à Karachi, et l’exposition The Skin She Wears (la peau qu’elle porte, 2008) mettait en avant les contradictions concernant la sensualité et le contrôle du corps féminin à travers une série de sculptures en acier galvanisé représentant des vêtements à la frontière entre la lingerie et l’armure.

            Dans le vaste projet qu’elle a réalisé sur l’île Manora, Khan a utilisé des éléments évocateurs, des objets trouvés, des enregistrements, des vidéos, des aquarelles, la cartographie et la performance pour analyser des comptes rendus divergents sur la question d’un terrain objet d’un différend. Dans la vidéo Homage (Hommage, 2009), elle se sert des meubles cassés et des gravas d’une école en démolition pour apporter un commentaire suggestif aux déplacements forcés, aux expulsions et aux structures de pouvoir qui obligent les gens à partir. Sa récente série de peintures, Karachi Elegies (2013), traduit l’expérience de vivre et de travailler dans un paysage urbain déstabilisé par les violences politiques et les désastres naturels.

            Véritable catalyseur dans le monde artistique local, Naiza Khan est la fondatrice et l’ancienne coordinatrice de Vasl, un collectif qui soutient des artistes en proposant des résidences, des échanges de paroles et des collaborations au niveau régional. Elle partage son savoir avec des générations plus jeunes et œuvre en faveur de l'art pakistanais, d’une part en donnant des cours et d’autre part en organisant des expositions telles que The Rising Tide: New Directions in Art from Pakistan 1990-2010 au musée Mohatta Palace à Karachi (2010).

            La Fondation Prince Claus rend hommage à Naiza Khan pour la force de son œuvre qui offre une vision complexe et nuancée de la société pakistanaise d’aujourd’hui ; pour son courage dans l’éveil de la conscience publique à des questions sociales et politiques controversées ; pour le modèle qu’elle représente pour les femmes artistes dans un contexte dominé par les hommes ; et pour son importante contribution au développement des arts et de la culture au Pakistan et dans la région.