Lav Diaz

Lav Diaz

Lav Diaz (1958, Philippines), cinéaste


Véritable visionnaire, le réalisateur Lav Diaz réinvente le temps et l’espace cinématographiques. Il filme « en temps réel » pour plonger le spectateur dans une profonde réflexion sur l’histoire et le vécu des Philippines, explorant des thèmes liés à la violence du fascisme, à la corruption, à la discrimination et à la pauvreté, et remettant en cause le commercialisme superficiel de l’industrie cinématographique mondiale.

 

Compte rendu du Comité des Prix Prince Claus 2014

Avril 2014


Lav Diaz (1958, Datu Paglas, Mindanao) est un réalisateur de cinéma qui, dans ses films en profondeur le passé et le présent des Philippines d’un point de vue sociopolitique. Son approche organique, improvisée, reste au plus près de la vie réelle. Il utilise par exemple le temps réel, ce qui modifie radicalement le vécu de ses films. C’est un trait essentiel de son esthétique. La longueur du film permet au spectateur d’entrer pleinement dans les expériences et les émotions évoquées. La connaissance et la compréhension qui en découlent ne seraient pas possibles dans le format des 90 minutes habituelles.

 

Fondés sur des réalités locales, les récits épiques de Lav Diaz évoquent les problèmes de son pays à travers l’expérience d’individus confrontés à la violence du fascisme, à l’exploitation, la corruption, la discrimination, et à la souffrance, la pauvreté et la lutte qui en résultent. Diaz met en évidence les effets inévitables du passé sur la vie des gens à travers une représentation large bien que concentrée, utilisant le rythme, la répétition, le détail poétique, le silence et des gestes anodins lourds de sens. Ebolusyon (Evolution d’une famille philippine, 11 heures, 2004) met en scène un enfant abandonné qui vit avec une malade mentale et son frère, voleur de munitions sur les corps de militaires morts. Le film passe au crible la lutte des classes et le commercialisme en utilisant des images des manifestations et des émeutes de l’époque de Marcos, des scripts des feuilletons populaires et un discours sur la résistance au cinéma. Melancholia (7 heures, 2008) montre les conflits vus du côté des combattants de la résistance. Norte, Hangganan ng Kasaysayan (Norte, la fin de l’histoire, 4 heures, 2013) a pour sujet le châtiment d’un innocent dans les Philippines d’aujourd’hui.

 

La Fondation Prince Claus rend hommage à Lav Diaz pour ses remarquables représentations de la réalité complexe de son pays ; pour la nouveauté de son approche artistique qui enrichit et intensifie l’expérience cinématographique ; pour sa façon de dire la vérité et pour la construction d’un héritage culturel qui aidera les Philippines à guérir et à être mieux comprises à l’étranger ; pour sa mise en cause de l’utilisation dominante du cinéma à des fins commerciales et politiques ; et pour sa fidélité à son art et à ses intentions, offrant ainsi une source d’inspiration pour les ceux qui travaillent hors des chemins battus.