Idrissou Mora-Kpaï

Idrissou Mora-Kpaï

Le réalisateur de films documentaires Idrissou Mora-Kpaï (1967, Beroubouay) interroge les subjectivités africaines contemporaine et propose une alternative à l’image souvent déformée que les médias occidentaux présentent de l’Afrique. C’est l’un des documentaristes africains les plus originaux de la dernière décennie. Sa méthodologie est basée sur une recherche rigoureuse qui dévoile des réalités cachées résultant de la complexité des enchevêtrements entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe à l’époque coloniale. Avec un grand souci d’exactitude, il montre les liens créés par le colonialisme entre des mondes différents et comment ces liens ont été brisés par la suite. Les documentaires de Mora-Kpaï révèlent le parcours compliqué de personnes confrontées aux effets de ces ruptures et leurs tentatives pour les assumer dans leur vie personnelle et sociale.

         L’approche subtile de Mora-Kpaï combine diverses techniques documentaires avec une esthétique d’une grande sensibilité et un sens aigu de la vulnérabilité et de la dignité. Dans Si-Gueriki, la reine-mère (2002), le récit d’un retour, le réalisateur fait le portrait intime de ses deux mères. Le film Arlit, deuxième Paris (2005), d’une grande force cinématographique, traite des effets de l’extraction d’uranium au Niger : une mise en accusation du pillage des ressources par des gouvernements extérieurs et des multinationales, pillage effectué dans un mépris total de la population et de l’environnement. Indochine, Sur les traces d’une mère (2010) s’intéresse aux descendants de Vietnamiennes et d’Africains enrôlés par la France en Indochine dans la guerre contre l’indépendance. A la fin du conflit, les enfants ont été séparés de leur mère et envoyés en Afrique, seuls ou avec leurs pères. Par la suite, ils ont dû faire face à de graves problèmes d’identité et à des traumatismes psychologiques.

La Fondation Prince Claus rend hommage à Idrissou Mora-Kpaï pour la beauté, la sensibilité et la profondeur de ses documentaires qui offrent une vision nuancée des identités et des contextes africains ; pour son engagement dans la recherche documentaire et la narration visuelle le long des lignes de faille du colonialisme ; pour sa façon de porter au grand jour des histoires refoulées dont de nombreuses populations subissent le retentissement ; et pour la démonstration qu’il donne de l’importance de la production culturelle pour rectifier les conventions sociales et intellectuelles fondées sur des inexactitudes.