Gülsün Karamustafa

Gülsün Karamustafa

Gülsün Karamustafa (1946, Turquie), arts visuels


Depuis plus de quatre décennies, Gülsün Karamustafa réalise des peintures, des vidéos et des installations exceptionnelles. L’ensemble de son oeuvre se caractérise par une approche nuancée des sujets sociopolitiques de la Turquie moderne, tels que la question du genre et de la sexualité, l’ethnicité et l’exil, et le rôle de la laïcité et de la religion dans la société.

 

Compte rendu du Comité des Prix Prince Claus 2014

Avril 2014


Le travail de l’artiste Gülsün Karamustafa (1946, Ankara) offre depuis quatre décennies une image pluridimensionnelle des grandes questions sociopolitiques d’Istanbul. Arrêtée et emprisonnée pendant six mois après le coup d’État militaire de 1971 et par la suite privée de passeport et de droits de voyager pendant 16 ans, elle a observé avec intensité les vagues de changement qui frappaient le pays et exprimé ses pensées dans une œuvre particulièrement abondante.   

    

Audacieuse et éclectique dans le choix de ses sujets, Karamustafa aborde des thèmes complexes avec intelligence et sensibilité. Elle revient sur eux fréquemment, les reconsidérant d’un angle différent ou avec un nouveau medium. Dans des œuvres telles que From the Outside (Vu de l’extérieur)qui montre des femmes s’efforçant de combiner modernisme et tradition religieuse, ou encore dans l’installation vidéo Men Crying (2001), elle examine minutieusement les rôles attribués à chaque sexe. Dans Etiquette/The Taming of the East (Le dressage de l’Orient, 2011-13), elle évoque l’idéalisation des goûts occidentaux.

 

Sauvant des récits de l’oubli, Karamustafa ouvre des fenêtres sur le passé. The Settler (Le colon, 2003) porte sur le déplacement des familles, et Courier (Courrier, 1991) rappelle l’exode des Balkans en montrant les objets-souvenirs d’une famille cousus dans des gilets d’enfants - fragiles espoirs de passage en toute sécurité et de préservation de sens. Ses œuvres expriment souvent une tendre critique et un désir de protéger les choses de la destruction, que ce soit par des actions gouvernementales ou par de nouvelles notions d’acceptation. Dans The Apartment Building (L’immeuble, 2012), Karamustafa évoque les violences de 1955 contre la minorité grecque et les occupations successives des appartements.

 

Citoyenne et éducatrice, Karamustafa est un guide et une source d’inspiration pour les nouvelles générations et pour les artistes femmes.

 

La Fondation Prince Claus rend hommage à Gülsün Karamustafa pour la création d’une œuvre poétique nuancée qui illustre les changements des codes de vie à Istanbul ; pour ses audacieux commentaires analytiques et son éclairage critique de questions essentielles, qui permet de comprendre un contexte historique et des changements de société aux répercussions encore actuelles ; pour son immense contribution à l’art turc contemporain ; et pour sa façon d’affronter les tensions sociopolitiques et d’encourager la compréhension de l’autre et la tolérance.